Par Charlotte Pudlowski |
Un entrepôt
Amazon à Graben, en Allemagne, le 16 décembre 2013. REUTERS/Michaela Rehle.
C’est
bientôt Noël. Vous n’avez plus beaucoup de temps avant d’acheter vos cadeaux.
Et beaucoup de travail à finir avant les fêtes. Sans compter que les grands
magasins sont bondés et que les files d’attente sont interminables.
Donc vous
faites comme tout le monde, vous vous dites: je vais commander sur Internet. Et
sur Internet vous allez au plus évident: Amazon. Mais avez-vous bien raison de
faire ça? Gagner quelques heures vaut-il de financer une boîte qui traite ses
salariés comme le groupe américain le fait?
En cette
période de Noël, la plus chargée de l’année pour le géant du commerce en ligne,
on parle volontiers de ses ateliers comme de ceux des elfes du Père Noël. En
décembre, les jours de pointe, dans un entrepôt anglais, 450.000 objets peuvent
être empaquetés en 24 heures. «Si le père Noël était connu pour payer ses
elfes intermittents le strict minimum, tout en poussant au maximum les limites
européennes de temps de travail, et en les virant s’ils prenaient plus de trois
congés maladie en trois mois, la
comparaison serait en effet pertinente», raconte la journaliste Carole
Cadwalladr, du Guardian, qui s’est infiltrée dans un entrepôt d’Amazon à
Swansea, au Royaume-Uni.
En
Allemagne, où la compagnie américaine possède plusieurs entrepôts, plusieurs
centaines de salariés se sont mis en grève, lundi 16 décembre. Les sites de
Bad Hersfeld et Leipzig avaient
déjà montré des signes de mécontentement à travers des grèves ponctuelles au
printemps. Ils sont cette fois-ci rejoints par un troisième site, celui de
Graben, en Bavière. Amazon emploie 9.000 personnes en Allemagne; 1 450 ont
cessé le travail et d’autres devraient les rejoindre, selon le syndicat Verdi,
à l'initiative de la mobilisation.
Les
grévistes se plaignent notamment des salaires. Mais comme l’explique au Monde
le journaliste Jean-Baptiste Malet, qui s’était fait embaucher par Amazon l’an
dernier pour enquêter sur les conditions de travail, côté français, à Montélimar
(Rhône-Alpes), pour un ouvrage intitulé En Amazonie, les problèmes ne se
limitent pas aux salaires.
«Les
travailleurs chez Amazon, loin, très loin des progrès du XXIe
siècle, ont des conditions de travail qui sont dignes du XIXe
siècle», confie-t-il
au quotidien, énumérant les conditions de travail des intérimaires, les
cadences imposées, les contrôles de productivité, les fouilles au corps
«réalisées chaque fois qu'un travailleur franchit les portiques», la façon
dont l’infrastructure information «permet un contrôle total de tout ce qui
se passe dans les entrepôts, y compris au niveau des travailleurs», les
économies réalisées sur les pointeuses «placées non pas à l'entrée de
l'entrepôt, mais à trois minutes de marche». Et la culture stakhanoviste:
«Chaque
jour, on vous demande d'être meilleur que la veille. Il y a un aspect très
idéologique au travail et on va applaudir ce qu'on appelle le "top
performer", la résurgence de l'ouvrier Stakhanov en URSS, qui va au-delà
de ce qu'on lui a demandé de faire. Les contre-pouvoirs sont complètement
muselés. La plupart des syndicalistes ont la vie dure [la CGT a déposé plainte car ils
étaient fouillés arbitrairement]. Et c'est assez surprenant de voir qu'une
multinationale, dans le cadre de son travail, une fois qu'elle a nié tous les
droits les plus élémentaires contenus dans le code du travail, ensuite
s'ingénie à reproduire une forme de collectivisme.»
C’est cette
entreprise-là qu’Arnaud Montebourg se félicitait, il y a un an, de voir installer
un nouvel entrepôt en France.
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